Comment j’ai réussi à me reconstruire

Hystéria, mon amour.

Comment j’ai réussi à me reconstruire.

Prologue :

Même distance géométrique : Ville A – Ville B – Ville C … Ça forme géographiquement un douloureux trigone. Ville A, point de départ de ma douleur, B la ville de ma compréhension et C, l’aboutissement. Nœud central de mes états psycho-dépressifs est ma ville B.

Cet endroit a été pour moi, l’étape de mes prises de conscience, de mes choix sur ma vie. J’ai détesté ce lieu pour l’ennui mais j’adore sa structure, son emprise et son architecturale symbolique.

Elle a été l’étape de mes réflexions mais aussi de mon avancée spirituelle, l’éveil et l’évolution de mon Moi. Alors oui, je l’aime pour ce qu’elle m’a apporté d’existentiel ! Mais que je te déteste ! Tu réveilles en moi toutes mes souffrances. Je n’ai qu’une hâte : te fuir !

Mais que je t’aime, ma belle tour ! Tu es la voie de la raison, de ma guérison… Ma Libération !

Je ne pourrai te quitter tant que je n’aurai pas fini ce travail ! Tu m’as enfermée, enserrée dans tes pierres, pour me confronter à moi-même. Que je te déteste d’oser me faire ça, me guérir ! M’avouer mes souffrances et te les cracher est la pire torture que tu m’as infligée. Il est si dur de devoir tout accoucher mais cette naissance, j’en ai bien conscience, est mon seul « Salut ».

Toi, ma tour, combien de fois, depuis plus de trois ans, as tu hanté mes nuits ? Pourquoi m’as tu laissé choir par mes rêves sans images, isolée dans le noir, me laissant un goût amer face à mes peurs et mes angoisses matinales ? Pourquoi ne sèches tu pas mes larmes ? Il m’a fallu trois longues années d’errance, de noyade, pour comprendre que c’est par cet isolement que tu cherchais à m’aider.

Aujourd’hui, tout prend un sens nouveau, j’y vois enfin clair. Tu commences enfin à me laisser entrevoir la lueur de l’Espoir. Enfin ! je commence à comprendre les raisons de mon agitation, dissimulée par tant d’agressivité, mes colères hystériques non contrôlées, non raisonnées.

Ce n’est pas pour le travail, que je suis venue m’installée ici, comme je l’ai longtemps cru ! Naïvement, je fuyais mes terreurs et mes horreurs. J’y suis venue pour m’en guérir, me guérir dans l’Amour et le Pardon et c’est ainsi que j’oserai enfin aimer ma famille, mon homme.

Je crois que je suis enfin prête …

Je me rends maintenant compte que je trouve la force de pouvoir me libérer, d’oser retirer mes chaînes, pour pouvoir enfin me sentir femme et mère, et qu’on me rende le plus beau rôle de ma vie : être MOI.

Oui, finalement, je suis fière de ce que j’entreprends aujourd’hui !

Comment j’en étais arrivée là ?

Bonne question ! c’est toute une succession d’événements mal vécus, des déceptions, des trahisons, un sentiment profond d’abandon et une énorme solitude. Mais le pire de tout, c’est ma jeunesse naïve, mon incrédulité et ma soif de liberté et d’indépendance, mon empressement à être grande alors que je n’y étais pas prête.

Je me suis retrouvée comme une balle de ping-pong entre mon besoin d’affection, le besoin d’être aimer, le harcellement sexuel au travail et les renvois de plus en plus durs entre l’emprise, la dépendance affective, l’humiliation, la violence conjugale et mon désir d’enfant, de pouvoir donner de l’amour à un être innocent qui ne me fera pas de mal.

Je ne m’alimentais quasiment pas, je ne me reconnaissais pas dans le miroir quand je me préparais à aller travailler le matin. Ce teint gris, mort, ces yeux vides, ces cheveux raides et sans vie, quelle horreur !

Je n’arrivais même plus à reconnaitre mon propre prénom quand on m’appelait dans la rue. J’étais comme robotisée, programmée pour aller d’un point A à un point B. Point final !

C’est là que j’ai compris que j’étais en train de mourir psychologiquement et j’ai pris peur ! D’ailleurs, j’avais peur de tout, même des ombres que les arbres font le soir à la lueur des lampadaires.  Il fallait que je me réveille car soit j’allais mourir réellement, sois un drame arriverait et j’ai fini par réagir, à parler, pleurer tout ce que mon corps avait enduré toutes ces années mais mes états dépressifs étaient bien plus forts.  D’ailleurs, combien de fois j’ai failli mourir, que je me suis retrouvée inconsciente… Je me forçais à aller travailler pour ne pas me confiner dans les antidépresseurs  et surtout pour voir des têtes, pour oublier et surtout pour arrêter de penser que j’avais si mal et si froid dedans. Il m’aura fallu beaucoup d’années à sombrer, me remonter, reboire la tasse et recommencer encore et encore. J’avais cette envie de vivre, de quitter ma survie latente et grand merci à la patience de ceux qui m’ont écoutée.

Et puis est survenu mon électrochoc, mon accident de voiture. Le subir à l’intérieur de l’habitacle et de le vivre de l’extérieur en spectatrice est une sensation vraiment bizarre. Mais une chose est sûre, c’est que ça vous change ! L’électrochoc était en dedans, au plus profond de moi, une cocotte minute qui, d’un coup, explose.

Alors, j’ai réalisé que si je ne me prenais vraiment pas en main, si je n’arrêtais pas de me complaire dans mes problèmes et mes faiblesses, je risquais de perdre le peu de bonheur que j’avais… ce bonheur qui me faisait tout autant peur mais que j’avais envie de goûter comme un fruit juteux et doux mûrit sous un soleil d’été.

L’escalier

Depuis plusieurs mois que je fais ma thérapie, les maux sortent par bribes, parfois en douceur, parfois violemment.

Quand on pratique une analyse aussi profondément que celle que j’effectue, on se sent traversés par tous les états impossible et inimaginables. Chaque individu est différent. Donc, forcément, les réactions, les ressentis, sont différents, normal ! A ceci près que, finalement, nous avons tous des traumas qui occasionnent certaines gênes, des névroses, dans notre vie d’adultes. Ce qui va changer, c’est le nom donné à cette névrose, nos symptômes. Ceux-ci sont vécus et acceptés par chaque être de différentes manières mais, ne l’oublions pas, pour la même finalité : l’Acceptation et l’Affirmation de Soi.

Pour y parvenir, nous suivons plus ou moins le même processus. Après lecture d’un article paru en février 2006 dans Psychomag, sur le deuil d’un proche, j’ai réalisé combien l’avancement d’un deuil de sa vie d’avant (mais aussi le deuil d’une séparation, d’une relation…) était similaire.

Christophe Fauré, psychiatre, expliquait ceci :  « Chaque deuil est unique. Et pourtant, tous comportent quatre grandes étapes » (NDLR)

Je vais donc reprendre ces quatre points et vous expliquer qu’il en va de même pour tous, tout en apportant mes propres réflexions et analyses par rapport à ma reconstruction.

1. Le choc

Peu importe la raison traumatique ! Cela va de l’annonce brutale de la séparation, d’un accident, d’une perte d’emploi… C’est le fait de « perdre », que nous avons tous en commun car nous perdons une parcelle de notre identité, un fragment de nous, nous nous sentons les bras arrachés (comme la chanson de Jil Caplan) et durant ce laps de temps, nous errons totalement. Nous sommes robotisés, « nos gestes sont mécaniques » souligne Dr Fauré.

Ah oui ! Exactement ! « Nous ne ressentons plus rien » (NDLR). Oui, nous avons l’impression qu’il ne nous sera désormais impossible d’aimer, de s’aimer soi, ses proches, sa vie. Nous perdons le goût de tout, même la nourriture est insipide. La seule chose que nous ressentons encore, c’est ce mal, cette brûlure atroce qui nous tord le ventre au point tel qu’on aurait bien envie de se faire un hari-kiri pour se soulager.

2. La recherche ou la Fuite

C’est quand on arrive à cette phase que nos chemins peuvent être plus ou moins long. J’ai trop longtemps fui pour finalement aborder la recherche et la reconnaissance de mon moi. Il m’aura fallu 10 ans. 10 ans à me plaindre, me morfondre et m’enfermer. 10 ans à refuser de voir la vérité, à comprendre que seule moi détenait les clés, qu’il n’était pas possible de faire ce travail-là à ma place.

C’est durant cette longue période latente que nous oscillons entre l’optimisme et la négativité, de jovialité à agressivité, de dénigrement à narcissisme. Nous passons de l’état de mort à l’état de vie… en permanence. Combien de fois nous interrogeons nous sur le « pourquoi » de la situation ? Le « Pourquoi moi » ? « Qu’ai-je fais ? ». Nous nous sentons fautifs et honteux de ce qui ne l’est pas. Puis nous relativisons avant de replonger encore, boire la tasse, s’oxygéner, se noyer, remonter etc.

Partagés entre l’envie de tout balancer pour se reconstruire, oublier et son contraire, retenir encore un peu ce passé qui nous échappe. Ces murs qui nous réveillent de nos souffrances immondes, ces photos qui nous tiraillent et dont nous n’arrivons pas encore à nous débarrasser.

C’est à ce moment que nous détestons l’autre, que nous lui vouons une haine sans fin. Il prend tous les tords pour perpet. Moi ? En partie responsable ? Certainement pas ! Difficile d’imaginer que si, un tout petit peu (beaucoup!), quand même. Nous sommes partis prenants de notre vécu ! Et oui, j’accuse !

3. La déstructuration

Nous abordons la phase douloureuse de notre « guérison de l’âme », notre amie-ennemie la dépression. Certains se laisseront aller dans un état léthargique, s’enfermant dans des anxiolytiques et antidépresseurs de plus en plus assommants , la drogue ou l’alcool (je repense soudainement à ma voisine de palier dont son état de déchéance me faisait peine), pour ne pas sentir leur corps se détruire et s’éteindre.

Nous n’avons plus ni de désir, ni de plaisir. Nous jonglons entre l’envie permanente de dormir et l’insomnie, le corps est tellement fatigué… ces troubles du sommeil qui m’ont longtemps entrainés dans les phobies de l’endormissement.

Sans parler des troubles sexuels ! De la non-envie au dégoût, de l’hypersensibilité d’un corps qui s’exprime à vous faire mal, nous pouvons connaître les joies des plaisirs, allant même aux fantasmes les plus inavouables, de la non satisfaction, en perpétuel contradiction d’un corps demandeur et de la tête qui s’y refuse. Besoin de douceur et de brutalité, l’esprit s’agace et s’impatiente ! c’est douloureux. Même très, parfois. Mais c’est une façon à soi de s’exprimer et d’extérioriser son mal.

C’est durant cette étape que nous affichons notre plus beau sourire, notre quiétude naissante. À mon sens, la période de déstructuration est la plus difficile pour les proches car nous montrons un certain bien-être que nous cohabitons pas encore. Il est compliqué pour eux de s’adapter à ces changements permanents, tout comme ils ont du mal à nous croire quand nous leur disons combien nous avons mal (Quand bien même ils le comprennent, ils sont impuissants à notre douleur). Parce qu’ils ne la voient pas toujours, tellement nous « forts » à leur dissimuler. c’est toute cette tristesse, la peine que nous avons d’être là, le chagrin de les voir souffrir dans nos passages « tyranniques et gentils », cette colère qui nous ronge à l’intérieur, cette boule brûlante de révolte contre l’humanité toute entière et surtout cette sacro-sainte Culpabilité !

Vouloir faire bien, mais ce n’est jamais assez, nous sommes dans l’insuffisance du tout, comme dans la recherche du perfectionnisme, intransigeants que nous sommes, dans notre satisfaction du Rien. nos proches ont beaux se couper en quatre pour nous satisfaire, nous prenons un malin plaisir inconscient à leur en faire le reproche, voire pire, nous jouons les aveugles, refusons négligemment les mains tendues.

Les crises de larmes en cachette nous assaillent autant que les rires devant notre tendre public mais les non-dits, les maux, nos mots restent noués dans la gorge. Soyons Fiers, nous jouons à la perfection le Paraitre ! Ah, pour ça, nous sommes très forts… mais quelle pression nous infligeons nous !

La dépression, aussi bête que cela puisse sembler, et c’est paradoxal, est sécurisante. Nous cherchons même les conflits, comme un prétexte pour nous y enfermer. Nous accusons, réfutons, crions et … culpabilisons du mal que nous avons provoqué car nous savons très bien que nous avons provoqué ce feu ardent. C’est plus facile de remettre la faute sur les autres que voir sa propre image. Notre douleur est à son paroxysme … et pourtant, c’est l’étape de la cicatrisation qui annonce la reconstruction.

4. La reconstruction

Elle démarre dès le « choc », à partir du moment où on sent cette gifle que la vie nous a foutu, comme un uppercut pour nous réveiller. C’est la séance des remises en question sur notre petite personne. Savoir se reconnaître, se comprendre, connaitre ses envies, ses ambitions.

C’est le début de la paix intérieure.

Enfin, nous donnons une autre définition à notre amour, une autre dimension à notre vie. Nous redéfinissons notre relation du tout. Nous ouvrons petit à petit les yeux avec une vision plus juste de la vie et ses apports. Nous prenons enfin conscience de notre capital « Beauté » (intérieure) et de notre patrimoine. Bref, nous abordons le passage de la vie qui nous amène à la naissance. Renaitre de ses cendres ou non, mais renaitre et vivre … pour Soi …

Je suis fière d’arriver à cette étape. C’est l’aboutissement d’un long et pénible travail pour enfin accoucher de moi. Mais peu importe le temps que cela prend, l’essentiel est d’y parvenir, de s’y accrocher et de préserver sa volonté. Car c’est ça, la vie, un Essentiel : Soi !

Quand on arrive là, déjà, on peut se dire qu’on a fait un sacré chemin, sur nos escaliers. Paliers par paliers, timidement, fébrilement puis assurément, nous montons. Arrive maintenant le dernier chapitre, peut-être le plus important de mes auto-analyses, après l’acceptation,  c’est celui du pardon et de la délivrance.

Leçon de vie

Maintenant que je réalise le chemin parcouru, il m’est plus facile de mettre des mots sur les maux. Durant cette fameuse période dépressive de la déstructuration, c’est vrai que je me suis sentie complètement disloquée. C’est un peu comme si on avait cousu des parcelles de mon corps, des membres étrangers que j’avais envie de rejeter. J’en viens à m’interroger si un greffé éprouverait cette même sensation? L’acceptation et ses mystères. J’ai tellement chercher à me renier, dénigrer. Puis, c’est un peu comme si je n’avais plus de corps, que j’étais amputée, tout en ressentant les souffrances de la partie enlevée. C’est ça, qui fait pleurer. C’est là, toute l’incompréhension, ce bouleversement de l’extrême que l’on fut à l’autre que nous sommes devenus, pour enfin atteindre le paroxysme de l’acceptation : Être !

Shakespeare le disait bien lui-même : Être ou ne pas être ? J’ai choisi d’être, j’ai choisi de m’affirmer, d’imposer qui je suis, d’intégrer enfin le centre. Non pas que d’être au centre est purement égoïste, voire égocentrique, pas du tout ! Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’être en son centre voulait tout simplement signifier « s’intégrer », ne plus rester à l’écart, ne plus être en marge.

Il m’a fallu beaucoup de temps  pour comprendre qu’il était possible d’aimer sans démesure et sans méfiance, qu’on pouvait exister dans la société sans s’y confondre ni être exclus. Tant de chemin parcouru depuis que j’ai cessé de fuir !

Je suis fière d’achever ma mission, la toute première, celle de me sentir moi. Je suis fière d’être fière de moi, tout simplement. C’est un sentiment nouveau, qui donne envie de pleurer de joie, d’être nue, de crier, de chanter, de danser, de bondir partout tellement ça fait du bien à l’intérieur. J’ai longtemps cru qu’être fier de soi voulait dire être le centre du monde, être prétentieux ! Ah ? Et bien non, je n’attire aucune convoitise, je n’ai personne qui me baise les pieds, je ne me la pète même pas. Je suis juste bien. Je me sens simplement heureuse. Tant d’années pour comprendre des choses aussi simples et essentielles de la vie !

Le déclic ? La peur de me perdre dans un labyrinthe obscur, peur de perdre mon amour, mes enfants. Peur de perdre ma vie tout en sachant qu’elle ne pouvait pas m’être retirée tant que cela n’était pas accompli, ce qui donne l’occasion de reculer une fois de plus, des fois que de se sentir en harmonie fasse mourir. C’était ça aussi, ma crainte.

De conversation en ouverture avec mon inconscient, j’ai fini par apprivoiser la bête sauvage et fragile que j’étais. Ce qui m’a permis d’aller plus loin encore, dans mes analyses. Quitte à me torturer, au moins, j’avançais et plus j’avance, plus je comprends les termes techniques que je disais sans en qualifier le sens et je comprends enfin ce que voulait me dire mon homme, ce que je refusais d’entendre et d’accepter. j’ai compris pourquoi ma réticence, ma méfiance. Pourquoi mes chaînes, finalement.

Il est difficile de gérer le corps qui dit « oui » quand la tête dit « non ». Mais pourtant, c’est simple. Le corps veut, s’exprime et il est notre source. La tête n’est faite que de « contre-sens » ou de « contre-indications » au remède du corps. Dois-je vivre mes envies ou y réfléchir ?  Et si j’y réfléchis, je mets des barrières. Je vais tenter de me protéger de … de quoi, d’ailleurs ? D’un interdit ? il n’y en a pas ! Alors ? C’est moi et moi seule qui m’interdit ces choses qui peuvent me faire plaisir, qui peuvent me faire sentir vivante. Aaaaahhh ! Donc, je me condamne. Vais-je choir d’en  prendre à perpétuité ? Non, ça serait mourir.

Alors quoi ?

L’interdit ? je n’ai pas le droit au bonheur, j’ai été vilaine ! Je me suis punie. A quel titre ? Au titre de Dame Culpabilité que j’ai laissé grandir et prendre la plus grande place en moi. Mais qui peut lever la punition ? Moi ! La femme et mère que je suis devenue a décidé de lever la punition un peu sévère à l’enfant que j’étais.

J’ai bien appris ma leçon. 

Comment s’appelle cette portion de vie ? Hystérie !

« oh, Hystéria, mon amour ! Je t’ai aimé, tu sais. Mais il va falloir que je te quitte. Tout est fini ! »

L’hystérie est bien étrange mais révèle des particules de névroses très compréhensibles. C’est marrant comme aujourd’hui, je n’ai plus envie de m’enfermer. Mes nausées, mes migraines, mes démangeaisons, mon eczéma, mes envies de rire à chialer mes tripes, ça vient de là, alors ? Mes accès de colères et de violence aussi, alors.

Je suis passée de la maniaco-dépressive à l’hystérie comme un enfant passe de l’âge bête à l’âge de raison. je n’ai même plus envie de chanter « plus grandir ». Mon corps corps m’a exprimé toutes les atrocités que je lui ai fait subir et il est tant de me le pardonner.

Le corps est comme la terre. Si on ne la chérit pas si on ne la nourrit, elle se meurt. Sauf que je ne parle pas d’alimentation du tout, mais d’attention et d’écoute. C’est notre engrais. regarde la belle plante que je suis devenue ! Oui, ça y est, je peux dire que la fleur a enfin éclos.

Durant cette période d’hystérie, c’est aussi l’envie de féconder pour retrouver mon identité, de voir ce ventre qui grossit, le corps qui se maternise et de sentir la vie en moi pour me sentir femme… pas mère. Femme ! Montrer maladroitement que je suis devenue une femme responsable et non la petite fille.

C’est aussi les barrières « méfiances » et « culpabilité » qu’il faut savoir parfois franchir sans trop se poser de question. Nul dit de foncer tête baissée ! Ça, c’était avant, je n’écoutais rien. maintenant, je m’écoute trop, je dirai.  Du coup, tout est freiné, j’ai peur de tout. Et vivre en fonction de mes aspirations ? Ça commence à venir. j’ose envie écouter ce que m’exprime mon corps. Et d’avoir peur de tout, d’être méfiante de tout, avoir des soupçons pour n’importe quoi est carrément invivable. Ça déclenche des conflits dont on se passerait volontiers. résultat, l’un souffre d’injustice et l’autre d’avoir fait mal pour rien. Mais trop tard ! Les vieux réflexes ont parlé.

Quand on n’est pas bien comme ça, on compense l’ennui par le grignotage et parfois, on refuse de s’alimenter car on on ne supporte pas la situation dans laquelle on se trouve. C’est encore une punition. Du coup, dans ces moments là, je me trouvais grosse, énorme, comme une femme enceinte puis le mirage disparait, laissant place à un corps maigre et flasque, l’image même qu’on déteste de soi. Un refus de nourriture pour refuser l’image que j’ai de moi.

Et puis il y a la quête de la fierté et de la reconnaissance. J’ai remarqué que j’exagérais mes gestes, mes attitudes, j’en faisais trop pour qu’on me voit plutôt que regarder dans mon propre miroir.

Et le yoyo ! Comme l’alimentation, l’entretien de la maison est pareil. un coup je me laissais aller, vautrée sur mon canapé, je laissais trainer mes papiers comme je laisse trainer mes idées. Et quelque temps plus tard, je me mettais dans une colère terrible car tout était sale et je me mettais à tout briquer comme une cinglée parce que je me sentais, moi-même salie, souillée et je range mes dossiers comme je range mes bouts de passé, je fais le trie, je jette ce que je ne veux plus, plus souffrir, plus avoir ces angoisses en allant travailler, me pensant suivie, pensant qu’on allait m’agresser, avoir le corps qui tremble jusqu’à ce que mon esprit soit suffisamment assez occupé pour ne plus y penser. Les malaises vagaux qui me réveillent en pleine nuit, le corps expulse son mal encore et moi, je le maltraite.

Je maltraite mon enveloppe, ma terre, mon patrimoine. La terre et son lourd passé d’histoires, ses guerres, ses destructions, ses monuments, seuls vestiges de ce passé que la terre érige, tête levée, digne, laissant en son souvenir les hommes du Bien qui ont pris soin d’elle. Ce n’est pas ça ? Le patrimoine laissé par nos parents, nos ancêtres, dont le sang coule dans nos veines de génération en génération, nos guerres contre nous-même jusqu’à la loi du plus fort entre l’âme et l’esprit, se détruire, se reconstruire tout en gardant les séquelles de nos vécus, nos rides, sillons de la terre et finir par avancer la tête haute, enfin libre de faire le Bien. le patrimoine génétique est tout simplement l’identification au père et à la mère et c’est pourquoi on le reprojette, petit, dans sa vie d’adulte.

En assimilant cela, on comprend ce que « s’accorder le pardon » ou « pardonner » signifie. je suis née, j’ai vu, j’ai entendu et, de cette histoire, j’ai vécu, avec mes dettes karmiques de ce que je n’aurai ni du voir, ni entendre. mais c’est ainsi, c’est l’apprentissage ! « Lève toi et marche! » et je suis la preuve incontestable qu’on peut s’en relever et marcher.

Je comprends maintenant pourquoi on me disait : « Tu ne guériras pas, tu n’es pas malade ! Tu vas juste comprendre comment tu fonctionnes. » C’est juste ! On comprend d’où viennent nos névroses pour mieux se comprendre, qu’elles se sont ancrées, au fil du temps, par un passé tumultueux. Elles s’agglutinent comme un microbe s’accroche à la paroi intestinale, une métastase qui ne fait que grossir si on ne décide pas d’agir.  Pourquoi persister à vouloir se punir alors que nous sommes sommes seuls responsables à vouloir continuer de souffrir ?

Maintenant, je me suis pardonnée, j’ai pardonné au monde de tous les coups que j’ai reçu. Mon puzzle s’est complètement emboité. La souffrance n’est plus et ne reste que mon patrimoine historique. J’ai compris pourquoi je devais traverser toutes ces épreuves et j’ai maintenant une vision plus appropriée de ce qui est bien d’être fait, autour de soi comme pour moi-même.

J’ai compris que la vengeance, les remords ou la rancœur ne servait à rien d’autre que me nuire. Je devais juste apprendre à me défendre des agressions extérieures, empêcher de faire contaminer. Je commence à savoir me préserver et me protéger, je suis devenue vigilante à mon égard et j’ai appris une chose essentielle  : l’affirmation de soi fait que nous nous imposons de nous-même. Il devient désuet de se justifier de quoi que soit et nul mal ne peut nous être fait car les personnes malfaisantes sentent cette force en nous et se détournera d’elle-même ! 

La période la plus belle, la plus bénéfique s’offre désormais à moi : l’Accomplissement. Maintenant, je peux le dire : Je Suis ! 

Se guérir, se reconstruire
La paix intérieure

Cette histoire, ces pensées retranscrites, sont les miennes. J’avais écris tout mon passé sur un cahier, mon livre, ma vie, mon exutoire. C’était en 2006/2007. Je suis tombée sur ce passage vraiment par hasard et c’est en le relisant que j’ai constaté que j’avais déjà le nom du blog et de son article : Être et se Reconnaître.

 

Sarah